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Identités, exclusions et citoyennetés dans l’arc antillais PDF Imprimer Email
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Identités, exclusions et citoyennetés dans l’arc antillais
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Michèle Duvivier Pierre-Louis a présenté ce texte pour la première fois au colloque “Mémoire et Droits Humains” qui s'est tenu à Genève en Suisse du 23 au 24 Novembre 2006. Elle l'a repris pour le colloque « Démocratie, Développement et Mondialisation » en Haïti le 7 décembre 2006.

Depuis le début de son histoire du point de vue de l’Occident, à la fin du 15ème siècle, définir la Caraïbe pose problème. Et cette difficulté se retrouve dans le titre même de la conférence que m’ont proposée les organisateurs du colloque : Identités, exclusions et citoyennetés dans l’arc antillais. Si nous commençons par analyser la dernière partie de l’énoncé, l’arc antillais, le premier degré de difficulté se situe dans l’expression elle-même. Car circonscrire l’aire géographique de la Caraïbe puisqu’il s’agit en fait de la Caraïbe, s’est révélé problématique depuis l’arrivée de Christophe Colomb dans la région en 1492.

Cependant, s’il est vrai que la confusion quant aux limites géographiques de la Caraïbe a perduré dans le temps, aujourd’hui historiens et géographes s’entendent pour les porter au-delà de l’arc antillais proprement dit. L’espace caraïbéen s’étend donc de l’archipel qui comprend les Bahamas, les Grandes Antilles, les îles du vent et celles sous le vent, mais inclut également les côtes atlantiques de l’Amérique Centrale, et la bande continentale des Guyanes, que Gordon Lewis dans son remarquable ouvrage sur la région « Main Currents in Caribbean Thoughts »[1], a défini comme des régions continentales de la Caraïbe qui ont tout des îles sauf la distinction physique.

Maintenant abordons la première partie de l’énoncé, identités, exclusions et citoyennetés, chacun des termes exprimés au pluriel. Cette pluralité renvoie à une diversité certes, mais n’implique-t-elle pas également en filigrane, la difficulté de définir culturellement la Caraïbe ? Et là encore je ferai appel aux travaux de Gordon Lewis, qui parle de confusion lorsqu’il s’agit de définir l’identité caraibéenne. Passant en revue la littérature post coloniale sur la région, il relève la gamme des perceptions mises en évidence au fil du temps. D’abord, la Caraïbe a été considérée comme une région arriérée ne pouvant être modernisée que grâce aux interventions du monde occidental. Ensuite, les nationalistes, inspirés par certains travaux d’anthropologues tels que Herskovits, ont surtout insisté sur l’héritage africain de la Caraïbe comme spécificité culturelle dominante. Elle a été par la suite créolisée et, en même temps, une vision plus métissée a posé la culture caraibéenne dans sa complexité en faisant ressurgir les influences africaines, bien sûr, mais également autochtones, asiatiques, indiennes, européennes. Depuis le début du 20ème siècle, certains auteurs ont eux stigmatisé l’influence des Etats-Unis d’Amérique dans les affaires internes des pays de la Caraïbe. Les interventions et occupations militaires américaines de Cuba, d’Haïti, de la République Dominicaine, de Puerto-Rico et de la Grenade représentant des cas d’espèce.

Quelle que soit la diversité des tendances, régionalistes, culturalistes ou nationalistes, le substrat demeure : la Caraïbe aura été pendant quatre siècles l’épicentre du trafic triangulaire, de la traite, de l’esclavage et de l’économie de plantation. Et cette histoire liée à la mémoire que nous en avons aurait dû nous rapprocher au lieu de nous diviser.